ORIGINES

En 1071, une sorcière russe aurait donné l’âme aux hommes après un bain de vapeur. La banya (баня) est un bain avec étuve de vapeur et de très nombreuses versions spécifiques existent entre la Sibérie, l’Asie Centrale et le Nord de la Russie. On distingue la banya noire avec fumigation de la banya blanche qui possède un poêle plus sophistiqué. Moscou est surnommée la 3° Rome et c’est peut -être en raison de sa passion pour les bains; il reste aujourd’hui encore une quarantaine de bains publics en pleine activité dans la métropole moscovite.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CONCEPTION DE LA BANIA

Une banya se compose de 3 espaces majeurs :

a. Predbannik - L’antichambre du bain est le lieu de convivialité où l’on se rassemble avant, entre et après les séances de vapeur, laisse ses affaires au vestiaire

b. Moechnaya - Une pièce où l’on se lave, prend une douche, un bain glacé après l’étuve, prépare des plantes ou les venicks, se masse sur des tables de pierres. C’est une transition vers la parilka.

c. Parilka - L’étuve où est produite la vapeur (par, en russe) par le poêle de bain. Elle est en bois, munie de ventilations naturelles et équipée de bancs ou de banquettes étagées pour profiter pleinement des différences de températures entre le haut et le bas. L’étuve est traditionnellement conçue avec des bois feuillus qui relaxent et tranquillisent comme le tremble, le tilleul et le bouleau. Des conifères comme le sapin ou le mélèze, avec leurs effets tonifiants sont également possibles.

 

 

 

PIETCHKA KAMENKA

 

La banya russe se distingue du sauna finlandais, par son poêle à inertie de masse (pietchka kamenka) construit à pied d’oeuvre pour chauffer et produire une vapeur légère. Ce poêle est le coeur du bain et il en existe de très nombreux types en briques ou en acier. Un labyrinthe de conduits de fumée et de canaux de réchauffage permet un haut rendement de chauffe. La température de vaporisation des pierres est plus élevée (800°C dans certains bains public) que pour un saouna (250°C), car la masse de pierres (kamenka) est placée à l’intérieur du four et ont une fonction de réchauffage par inertie. Une dizaine de bûches suffisent souvent à chauffer le poêle en moins d’1h30 selon les conditions atmosphériques extérieures. Lorsque l’eau a atteint la bonne température (90°C environ) et que le bois s’est consumé, on ferme le conduit de cheminée (dans le cas des poêles traditionnels) et la porte de l’étuve : la bania est prête à recevoir des nuages de vapeur « sèche » (80°C/20%) ou « humide » (65°C/65%).Une bonne vapeur doit être légère et parfumée pour s’harmoniser avec le corps.

 

 

SE RENDRE A LA BANYA

 

1. Les bains sont des lieux hors du temps et un minimum de 3 heures convient pour apprécier la banya. Une banya débute dans le predbannik où l’on se retrouve. Le banchik (chauffeur en russe) s’occupe de la mise en chauffe. La chaleur est activée par un drap ou avec les pales d’une hélice pour brasser l’air chaud. Après avoir fermé la cheminée du poêle (sur certains poêles), il ouvre la trappe des pierres à vapeur pour y lancer des louches d’eau par petites doses de 100g dans la parilka encore vide pour mélanger le nuage et brasser l’air, puis ferme le volet de ventilation supérieur pour constituer une réserve d’air chaud. Il remonte en dispersant l’air chaud avec l’aide des balais de branches (venik) tenus par des moufles de feutres. Davaï ! La banya est prête ! Le chauffeur invite les baigneurs impatients à prendre place à l’intérieur. L’ordre d’entrée peut être fixé à l’avance, pour les petits bains notamment. Après une douche chaude, dans la moechnaya (pièce pour se laver le corps) les baigneurs équipés d’un chapeau de feutre (shaykama) et de sandales (tapotchki) tirent la petite porte massive de l’étuve (parilka) et s’installent sur les estrades de bois pour la sudation. Lorsque tout le monde est installé, le banchik après avoir consulté ses compagnons de bain, jette de l’eau sur les pierres brulantes pour créer les suppléments de vapeur parfumée (épicéa de sibérie, eucalyptus, menthe, genévrier, pin, bière et levure de bière…) Chacun sort de la parilka quand il le souhaite, selon ses préférences. Entre deux séances de vapeur, il est d’usage de se rafraîchir. Il est possible de prendre une douche, de recevoir un bac d’eau fraîche, de prendre un bain vivifiant dans une rivière, la mer, un bassin ou mieux encore, se rouler dans la neige. Ce contraste rend le corps léger et agit comme une fonction sédative sur le système nerveux.


2. La deuxième étuve est celle propice aux massages avec les faisceaux de branchages nommés venicki (bouleau, chêne, absinthe, tilleul, saule, eucalyptus…). L’atmosphère se fait souvent moins chaude, mais plus vaporeuse (supérieure à 40%). Chaque balais de branches à des propriétés différentes en fonction du tanin contenu dans les feuilles, de la forme et de la fraîcheur des feuilles. Le bon fonctionnement des balais est rendu possible par la vapeur humide (les russes conseillent 65°C / 65%), sinon les balais s’effeuillent. Cet art de massage distingue environ trente formes de balayages efficaces pour chauffer et assouplir la peau, activer la circulation , augmenter la sudation, réduire le stress et restaurer la force.


3. Un troisième passage est possible pour se relaxer et se détendre. A l’issue des séjours dans l’étuve, il est important de se reposer un long moment pour arrêter la transpiration et réguler la température du corps. Enfin, les baigneurs se retrouvent dans le predbannik ou à l’extérieur pour poursuivre la convivialité en se réhydratant (avec de la bière, du kvas, du jus de bouleau ou encore un thé avec l’eau du samovar) et en partageant quelques victuailles (tartes aux myrtilles, grillades, poissons séchés, zakouski…).

 

Document téléchargeable : Les bains de vapeurs.pdf